Sept semaines après la remise des trophées, le classement du WRTC 2026 a été annulé et remplacé.
Le 1er septembre 2026, le comité d’organisation a publié les conclusions d’un réexamen déclenché par de nouvelles informations transmises après la compétition.
Le changement est majeur : 4 équipes sont disqualifiées, dont 3 figuraient dans le Top 10 initial. MB2M, déclarée vainqueur le 13 juillet, perd sa première place. Après retrait des contacts jugés irréguliers et nouveau calcul des scores, la victoire revient à MB5O, l’équipe allemande formée par DJ5MW et DM5EE.
Au-delà du nouveau palmarès, le rapport détaille une enquête radio particulièrement instructive. Logs publics, enregistrements audio, récepteurs SDR et Reverse Beacon Network ont permis de reconstituer les émissions, leur chronologie et la répartition anormale de certains multiplicateurs.
Pourquoi les résultats 2026 ont-ils été annulés ?
Le WRTC (World Radiosport Team Championship), réunit tous les concurrents avec des stations radioamateurs aussi comparables que possible. Les équipes utilisent des indicatifs spéciaux qui ne doivent pas permettre d’identifier leurs opérateurs pendant l’épreuve.
L’objectif est simple : le résultat doit dépendre de l’habileté des concurrents, et non d’une aide extérieure ciblée.
Après la cérémonie du 13 juillet 2026 à Wyboston, au Royaume-Uni, des observateurs ont signalé des anomalies. Le comité de jugement a alors repris l’analyse au-delà du contrôle habituel des erreurs de logs. Son rapport conclut à plusieurs irrégularités : des transferts de fréquences révélant l’identité de certaines équipes, des contacts réalisés sous quinze indicatifs usurpés, des aides extérieures excessivement concentrées et, dans un autre log, dix QSO sans aucune trace dans l’enregistrement audio de la station.
Dans son communiqué, Mark Haynes, M0DXR, président du comité d’organisation, explique que l’intégrité du WRTC devait rester prioritaire, même si cette décision risquait de créer des tensions. Le rapport du 1er septembre « annule et remplace » donc officiellement les résultats annoncés en juillet.
Le premier classement plaçait MB2M en tête devant MB5O et MB1I. Trois des équipes alors présentes dans le Top 10 sont finalement disqualifiées au titre de la règle 12.2, et une quatrième au titre de la règle 12.7.
| Rang initial | Équipe | Opérateurs | Score initial | Décision après réexamen |
|---|---|---|---|---|
| 1 | MB2M | VE3DZ, UW7LL | 7 460 840 | Disqualifiée – règle 12.2 |
| 2 | MB5O | DJ5MW, DM5EE | 7 369 782 | Reclassée 1re |
| 3 | MB1I | E77DX, DJ4MX | 7 346 885 | Disqualifiée – règle 12.2 |
| 4 | MB4G | N6MJ, KL9A | 7 062 132 | Reclassée 2e |
| 5 | MB1T | K5ZD, W2SC | 6 968 572 | Reclassée 3e |
| 6 | MB2A | US2YW, IK4VET | 6 958 476 | Disqualifiée – règle 12.2 |
| 7 | MB5C | CT1ILT, EC2DX | 6 598 240 | Reclassée 4e |
| 8 | MB7W | UA4FER, LZ2HM | 6 541 530 | Reclassée 5e |
| 9 | MB5Q | RW7K, KU1CW | 6 291 120 | Disqualifiée – règle 12.7 |
| 10 | MB7L | LY4L, LY9A | 6 256 955 | Reclassée 6e |
Nouveau classement officiel WRTC 2026
Tous les scores ont été recalculés après suppression, dans l’ensemble des logs, des contacts effectués avec les indicatifs usurpés et avec certaines stations dont l’aide était jugée excessivement partisane.
| Nouveau rang | Équipe | Opérateurs | Score révisé |
|---|---|---|---|
| 1 | MB5O | DJ5MW, DM5EE | 7 310 308 |
| 2 | MB4G | N6MJ, KL9A | 6 955 083 |
| 3 | MB1T | K5ZD, W2SC | 6 836 480 |
| 4 | MB5C | CT1ILT, EC2DX | 6 480 110 |
| 5 | MB7W | UA4FER, LZ2HM | 6 334 972 |
| 6 | MB7L | LY9A, LY4L | 6 180 000 |
| 7 | MB3R | F1AKK, F8DBF | 6 083 469 |
| 8 | MB7D | LZ3FN, LZ4AX | 6 024 256 |
| 9 | MB3K | NA8V, N9RV | 5 980 380 |
| 10 | MB5Z | W0AAE, W4IPC | 5 924 736 |
Le duo français F1AKK et F8DBF, sous l’indicatif MB3R, passe ainsi de la 11e à la 7e place. Le classement révisé ne se limite toutefois pas à faire remonter les équipes situées derrière les disqualifiées : les scores de toutes les stations ont été recalculés après retrait des QSO concernés.

Les procédés mis en évidence par le comité
Des fréquences préparées avant le départ
À 12:00 UTC, au début d’un grand concours HF, une fréquence libre est précieuse. Le rapport décrit trois cas dans lesquels une station extérieure a occupé longuement une fréquence juste avant l’épreuve, puis l’a libérée au moment exact où une équipe WRTC s’y installait.
Pour MB2A, EV6M a été repérée sans interruption autour de 14 002,2 kHz entre 11:30 et 11:58:47 UTC. À 12:00, MB2A est apparue à moins de 100 Hz de cette fréquence et y a lancé ses appels. Pour MB2M, EU8E a occupé 14 003,5 kHz pendant environ quarante minutes, jusqu’à 11:59:26. MB2M a pris la fréquence à 12:00 et son premier QSO enregistré a précisément été réalisé avec EU8E.
Le dossier MB1I concerne deux fréquences de départ, sur 20 et 15 mètres, précédemment occupées par des stations liées à ses opérateurs. D’après le rapport, les deux opérateurs de MB1I ont reconnu les faits et accepté les conséquences. Les opérateurs de MB2A et MB2M n’ont pas reconnu l’existence d’un arrangement.
Un simple changement de fréquence peut évidemment être fortuit. Le comité dit avoir fondé sa décision sur l’ensemble de la séquence : durée d’occupation, continuité exacte de la fréquence, départ au moment du coup d’envoi, comportement ultérieur de la station extérieure et réponses fournies par les équipes. Il a conclu à des transferts organisés.
Cette manœuvre offre deux avantages. Elle réserve d’abord une fréquence dégagée à une équipe. Surtout, elle permet aux personnes connaissant l’arrangement d’associer immédiatement l’indicatif WRTC anonyme aux opérateurs concernés. C’est cette divulgation d’identité que la règle 12.2 interdit. MB1I, MB2A et MB2M ont été disqualifiées sur ce fondement.

15 indicatifs usurpés pour apporter des multiplicateurs
Le second mécanisme reposait sur quinze indicatifs appartenant à de véritables radioamateurs, mais utilisés sur l’air par d’autres personnes. Ces indicatifs correspondaient à des pays rares ou absents du concours. Presque chaque QSO apportait donc un nouveau multiplicateur, c’est-à-dire un élément qui augmente fortement le score final au lieu d’ajouter seulement un contact.
Les enregistrements confirment que ces QSO ont bien eu lieu sur l’air : il ne s’agissait pas simplement de lignes ajoutées après coup dans les logs des équipes WRTC. En revanche, les titulaires légitimes des indicatifs n’étaient pas à l’origine de ces émissions. Treize des quinze personnes contactées ont confirmé qu’elles n’avaient pas été actives ou n’avaient réalisé aucun QSO avec une station WRTC.
La répartition était très déséquilibrée. Le rapport recense 435 QSO revendiqués avec ces quinze indicatifs, dont 86 % avec les seules stations WRTC, contre environ 13 % avec les autres participants au concours IARU. L’équipe médiane a reçu six multiplicateurs issus de ces faux indicatifs, mais MB2M en a obtenu 36 et MB2A 32. Elles sont les deux seules équipes à avoir contacté les quinze indicatifs.
Le comité a retiré tous ces QSO de tous les logs. Il faut néanmoins distinguer cette correction de la décision disciplinaire : le rapport rattache formellement la disqualification de MB2M et MB2A à la divulgation d’identité prévue par la règle 12.2.
10 QSO présents dans un log, mais absents de l’audio
Le cas de MB5Q est différent. Dix contacts susceptibles d’apporter des multiplicateurs figuraient dans son log, mais aucun signal correspondant n’apparaissait dans l’enregistrement audio remis par l’équipe. Les QSO précédents et suivants étaient pourtant clairement audibles, ce qui excluait une simple interruption générale de l’enregistrement.
Six des huit indicatifs concernés n’apparaissaient dans aucun des 5 607 autres logs déposés pour le concours. Les deux autres étaient bien actifs, mais aucun de leurs contacts ne correspondait aux QSO revendiqués par MB5Q. Selon le rapport, les opérateurs n’ont pas contesté ce constat et ont demandé le retrait des contacts, sans fournir d’explication. L’équipe a été disqualifiée sur la base de la règle 12.7, relative notamment aux QSO ou multiplicateurs invérifiables.
Les contacts très orientés vers une seule équipe WRTC
Le comité a également analysé le « cheerleading » : des stations réelles qui multiplient les contacts avec une équipe amie sur plusieurs bandes et modes, tout en travaillant très peu les autres concurrents.
Un logiciel spécifique a recherché ces concentrations anormales. Les QSO des stations dépassant le seuil retenu ont été supprimés de tous les logs selon la même règle. L’effet est resté limité : aucune position du classement n’a changé pour ce seul motif. Le rapport précise aussi qu’il ne s’agit pas d’une accusation contre les équipes bénéficiaires, ces stations extérieures pouvant agir de leur propre initiative.
Comment les triches ont-elles été démasquées ?
L’enquête montre à quel point les concours modernes laissent des traces indépendantes. Plusieurs sources ont été croisées :

- Les logs publics ont permis de comparer indicatifs, heures, bandes, modes et répartition des contacts entre les cinquante équipes.
- Le Reverse Beacon Network a fourni une chronologie des stations entendues en CW. Ses récepteurs automatiques, ou skimmers, décodent les appels CQ et enregistrent l’indicatif, l’heure et la fréquence.
- Les enregistrements SDR ont permis de revenir après le concours sur une portion de bande et d’observer la continuité entre la station qui occupait une fréquence et l’équipe qui l’a reprise.
- Les enregistrements audio des équipes ont confirmé certains QSO pirates réellement passés sur l’air et, à l’inverse, l’absence totale des dix QSO inscrits dans le log de MB5Q.
- Le croisement des 5 607 logs du concours IARU a montré que plusieurs indicatifs n’existaient nulle part ailleurs ou que les stations légitimes n’avaient pas réalisé les contacts revendiqués.
- La consultation des titulaires d’indicatifs a apporté une vérification directe : treize des quinze radioamateurs concernés ont indiqué ne pas avoir réalisé les QSO en question.
- L’analyse statistique et temporelle a révélé une concentration très inhabituelle des multiplicateurs. Cinq faux indicatifs supposés situés dans différentes zones du monde n’ont par ailleurs jamais émis pendant la même minute au cours des 24 heures, ce qui conduit le rapport à envisager un seul émetteur passant successivement d’une identité à l’autre.
Un détail radio a également retenu l’attention. Lors d’un QSO avec MB2A, la station utilisant l’indicatif 4S7KM a transmis la zone ITU 29, alors qu’un véritable opérateur depuis le Sri Lanka aurait dû envoyer la zone 41. Le log de MB2A mentionnait néanmoins 41. Pris isolément, un mauvais échange peut toujours arriver ; replacé dans l’ensemble des enregistrements et des statistiques, il devient un indice supplémentaire.
Une décision sur les équipes, pas sur chaque opérateur
Le rapport insiste sur un point important : les disqualifications concernent les équipes. Elles ne constituent pas une attribution uniforme de responsabilité à chacun de leurs membres. Le comité reconnaît que le degré de responsabilité peut différer entre les personnes, mais applique la sanction à l’engagement collectif.
Le document évoque également des ressemblances avec certaines activités observées lors du WRTC 2023 en Italie. Il présente des éléments susceptibles de justifier un autre examen, mais précise que le comité du WRTC 2026 n’a pas recalculé les résultats de l’édition 2023.
Ce que cette affaire dit du contrôle d’un contest
L’affaire montre que ces contrôles classiques ne suffisent plus toujours lorsqu’une aide extérieure est coordonnée. Mais elle montre aussi que la radio permet une vérification particulièrement solide : un QSO laisse des traces dans plusieurs logs, sur des récepteurs distants et parfois dans des enregistrements de bande indépendants.
La publication des données a joué un rôle central. Ce sont des informations venues d’observateurs extérieurs qui ont déclenché le réexamen, puis le croisement de sources accessibles ou vérifiables qui a permis d’étayer les décisions. Pour les organisateurs de futurs concours, la leçon est claire : conserver les enregistrements, publier les logs et automatiser la recherche d’anomalies devient aussi important que le contrôle traditionnel des erreurs de saisie.
Le nouveau palmarès rend donc la victoire à MB5O, devant MB4G et MB1T. Surtout, il rappelle que la valeur d’un résultat de contest tient autant à la performance radio qu’à la confiance dans les règles communes.
Le rapport de rescoring du WRTC 2026, avec le classement final et les annexes techniques, est disponible au format PDF : consulter ou télécharger le rapport officiel.

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