L’équipe de développement de WSJT-X vient d’annoncer la disponibilité de WSJT-X 3.2.0-rc1, première Release Candidate de la branche 3.2. Cette version de test apporte de nombreuses améliorations, notamment pour Q65, MAP65 et QMAP, mais la nouveauté la plus visible est l’arrivée d’un mode entièrement nouveau : JTTY.
Contrairement à FT8 ou FT4, JTTY n’est pas organisé autour de séquences d’émission et de réception strictement synchronisées sur l’heure UTC. Son fonctionnement se rapproche davantage du RTTY traditionnel : on peut commencer à transmettre lorsqu’on le souhaite, envoyer du texte libre et mener une conversation clavier-clavier de façon plus naturelle.
Sous le capot, JTTY utilise toutefois des techniques numériques modernes destinées à améliorer la réception des signaux faibles et à réduire fortement les erreurs de décodage.
JTTY : un successeur moderne au RTTY ?
JTTY a été conçu pour proposer une expérience proche du RTTY tout en profitant des techniques de codage et de correction d’erreurs développées pour les modes numériques modernes.
D’après le guide officiel WSJT-X 3.2, JTTY est destiné aux échanges rapides de type RTTY en contest mais aussi aux communications clavier-clavier classiques. Les transmissions peuvent commencer à n’importe quel moment et durent généralement quelques secondes.
Le débit annoncé est d’environ 30 mots par minute pour du texte libre et peut atteindre 60 mots par minute avec les messages courts et structurés utilisés notamment en contest.
L’équipe WSJT met surtout en avant deux avantages par rapport au RTTY classique : une meilleure sensibilité aux signaux faibles et un taux d’erreur nettement inférieur.
JTTY n’est cependant pas une simple variante améliorée du RTTY : il s’agit d’un nouveau protocole incompatible avec les transmissions RTTY classiques.
Pas besoin de synchronisation UTC
C’est l’une des différences les plus importantes avec les modes qui ont fait la réputation de WSJT-X.
En FT8, les échanges suivent des périodes Tx/Rx de 15 secondes. FT4 fonctionne sur des séquences encore plus courtes. JTTY est au contraire un mode non synchronisé : une transmission peut commencer à n’importe quel moment.
On retrouve donc davantage la sensation d’un QSO en RTTY, PSK ou autre mode clavier-clavier que celle d’un échange FT8 fortement structuré.
Les premières fréquences proposées pour tester JTTY
Pour permettre aux premiers utilisateurs de se retrouver, Joe Taylor K1JT proposent provisoirement plusieurs fréquences d’appel. Le point de rencontre principal suggéré est 14,090 MHz sur la bande des 20 mètres.
| Bande | Fréquence proposée |
|---|---|
| 160 m | 1,838 MHz |
| 80 m | 3,575 MHz |
| 40 m | 7,090 MHz |
| 30 m | 10,140 MHz |
| 20 m | 14,090 MHz |
| 17 m | 18,100 MHz |
| 15 m | 21,090 MHz |
| 12 m | 24,920 MHz |
| 10 m | 28,090 MHz |
| 6 m | 50,160 MHz |
| 2 m | 144,160 MHz |
Ces fréquences restent très préliminaires. Les développeurs indiquent explicitement qu’elles pourront évoluer si JTTY commence à être largement utilisé. Il ne s’agit donc pas de nouvelles fréquences officiellement réservées au mode, mais de points de rendez-vous destinés à faciliter les premiers essais.
Comme toujours, l’utilisation doit rester compatible avec le plan de bande applicable et la réglementation du pays depuis lequel on émet.
Q65 évolue également
JTTY risque de concentrer l’attention, mais WSJT-X 3.2 apporte également plusieurs évolutions importantes pour les communications faibles signaux, notamment en VHF/UHF et en EME, ou Earth-Moon-Earth.
Un nouveau Q65 Pileup Mode exploite un bit jusque-là inutilisé du protocole pour signaler qu’une station appelée a bien été copiée pendant l’intervalle de réception précédent. Les décodages concernés sont signalés par un caractère #.
Tout ce qui est nécessaire à cette fonction est échangé directement par radio : aucune connexion Internet n’est nécessaire.
Q65 reste particulièrement adapté aux signaux soumis à des variations rapides, notamment en EME, troposcatter, rain scatter ou ionospheric scatter.
QMAP devient plus pratique pour l’EME
Le logiciel compagnon QMAP bénéficie lui aussi d’améliorations importantes.
Les indicatifs décodés peuvent désormais apparaître directement sur le waterfall. Un clic sur un indicatif prépare le QSO, tandis qu’un double clic permet de lancer la communication dans l’instance WSJT-X associée.
Pour les opérateurs EME, cela rapproche encore davantage QMAP d’une véritable vue d’ensemble de l’activité présente sur la bande.
MAP65 : 192 kHz et meilleur décodage
MAP65 reçoit également plusieurs évolutions : prise en charge d’un taux d’échantillonnage de 192 kHz, nouveau mode JT65 Full Deep Search, diminution des faux décodages JT65 et amélioration de la sensibilité de décodage Q65 pour les systèmes à simple comme à double polarisation.
Ces nouveautés concernent surtout les installations VHF, UHF et micro-ondes dédiées aux très faibles signaux et à l’EME.
Une meilleure prise en charge des Raspberry Pi et machines ARM
WSJT-X 3.2 améliore également la disponibilité sur les petites plateformes ARM. Des paquets précompilés sont prévus en 32 bits armhf comme en 64 bits aarch64.
Cela facilite notamment l’installation de WSJT-X sur Raspberry Pi sans devoir compiler le logiciel soi-même, un point intéressant pour les stations portables, déportées ou autonomes.
Plusieurs améliorations pratiques dans WSJT-X 3.2
Le guide de la version 3.2 mentionne aussi de nombreuses évolutions moins spectaculaires mais utiles au quotidien : amélioration de l’intégration avec CloudLog et Wavelog, envoi eQSL via un protocole sécurisé, fonctionnement de WSPR/FST4W avec wsprnet.eu comme solution de secours, meilleure accessibilité des fenêtres de réglages et amélioration du comportement des volets de décodage lorsqu’on remonte dans l’historique.
Un mode TX Inhibit a également été ajouté pour les stations multi-opérateurs : via UDP, un contrôleur externe peut empêcher WSJT-X d’émettre lorsqu’un autre émetteur est déjà actif sur la même bande.
Faut-il installer WSJT-X 3.2.0-rc1 ?
WSJT-X 3.2.0-rc1 est une Release Candidate. Son rôle est précisément de permettre aux utilisateurs expérimentés de tester les nouvelles fonctions et de transmettre leurs retours avant la version générale.
Pour une station utilisée quotidiennement et pour laquelle la stabilité passe avant les nouveautés, il reste prudent de conserver la version stable. Au moment de cette annonce, WSJT-X 3.0.2 demeure la dernière version GA publiée sur le dépôt GitHub officiel.
JTTY peut-il trouver sa place entre FT8 et RTTY ?
Il est évidemment trop tôt pour savoir si JTTY sera largement adopté. Son positionnement est néanmoins intéressant.
FT8 privilégie les échanges extrêmement structurés et les communications faibles signaux. Le RTTY permet des échanges beaucoup plus libres et reste très utilisé en contest, mais repose sur une technologie ancienne. JTTY cherche à réunir la souplesse d’un mode clavier-clavier avec les techniques modernes de correction d’erreurs développées autour de WSJT-X.
La véritable inconnue sera maintenant son adoption sur les bandes. Comme pour tout nouveau mode, son intérêt pratique dépendra largement du nombre de stations présentes et de la manière dont les fréquences d’activité se stabiliseront.
Les premières expérimentations autour de 14,090 MHz devraient permettre de se faire rapidement une idée de son comportement en conditions réelles.


Soyez le premier à commenter