SigidWIKI et logiciel Artemis 4 : Identifier tout signal radio avec un SDR

4.7/5 (71)
SigidWIKI et logiciel Artemis 4

Partager sur vos réseaux :

Article publié initialement le 16 juillet 2019 – Mis à jour le 12 août 2026.

Avec la multiplication des transmissions numériques, des digimodes, des radars, des liaisons de données et des systèmes utilisant des modulations parfois très proches, identifier un signal radio inconnu à partir de son seul son ou de son apparence sur le waterfall d’un logiciel SDR peut être difficile.

Deux outils sont particulièrement utiles pour ce travail : SigidWiki (Signal Identification Wiki), une base de données communautaire de plus de 500 signaux, consacrée à l’identification des signaux radio, et Artemis 4, un logiciel Windows et Linux, permettant de rechercher et comparer plus facilement les signaux répertoriés.

Reconnaître un signal grâce à SigidWiki

Le Signal Identification Wiki, généralement appelé SigidWiki, est une base de données communautaire consacrée à l’identification des signaux radio.

Elle couvre bien plus que les seuls modes numériques radioamateurs. On y trouve notamment des transmissions HF, VHF et UHF, des modes professionnels, des liaisons de données, des systèmes de radiomessagerie, des transmissions satellitaires, des radars, de la télémétrie ainsi que différents signaux utilisant les bandes ISM.

Pour de nombreux signaux, les fiches peuvent contenir :

  • la ou les fréquences observées ;
  • la plage de fréquences utilisée ;
  • le type de modulation ;
  • la largeur de bande ;
  • le mode ou le protocole ;
  • la zone géographique d’utilisation ;
  • une capture du spectre ou du waterfall ;
  • un échantillon audio ;
  • parfois un enregistrement I/Q ;
  • des informations sur les logiciels susceptibles de décoder le signal.

Cette combinaison est particulièrement utile car un signal n’est pas forcement évident à identifier uniquement à l’oreille. Sa largeur de bande, sa fréquence, sa structure temporelle et son occupation spectrale apportent davantage d’informations que sa signature sonore.

SigidWiki est aujourd’hui un projet communautaire auquel les utilisateurs peuvent contribuer.

Il a été lancé à l’origine par Carl de RTL-SDR.com avant que son administration ne soit progressivement confiée à la communauté.

Signal Identification Guide sigidwiki

Comment identifier un signal radio inconnu avec un SDR ?

1. Noter précisément la fréquence

Commencez par relever la fréquence centrale du signal.

Cette information permet déjà d’écarter de nombreuses possibilités. Un signal observé sur les bandes HF n’a généralement pas les mêmes usages qu’un signal situé en VHF, UHF ou dans une bande ISM.

Il faut cependant rester prudent : certaines technologies peuvent être utilisées sur plusieurs bandes et un signal parasite, une image de réception ou un produit d’intermodulation peut également apparaître à une fréquence inattendue.

2. Mesurer la largeur de bande

Observez ensuite la largeur occupée par le signal dans le spectre.

Un signal de quelques centaines de hertz, de 2,5 kHz, de 12,5 kHz ou de plusieurs centaines de kilohertz ne correspond généralement pas aux mêmes familles de transmissions.

La largeur de bande est l’un des critères les plus efficaces pour réduire le nombre de candidats possibles.

3. Observer la forme du signal sur le waterfall

Le waterfall apporte également de nombreux indices. Observez notamment si le signal est :

  • continu ou transmis par salves ;
  • constitué d’une ou de plusieurs porteuses ;
  • répété à intervalles réguliers ;
  • caractérisé par des changements rapides de fréquence ;
  • composé de porteuses régulièrement espacées ;
  • de largeur constante ou variable ;
  • balayé vers le haut ou vers le bas ;
  • présent uniquement pendant quelques millisecondes.

Une transmission OFDM, une modulation FSK, un radar FMCW ou un système à étalement de spectre présentent par exemple des signatures spectrales très différentes.

4. Écouter le signal lorsque cela est pertinent

L’audio reste utile, notamment pour les signaux relativement étroits.

RTTY, PSK, MFSK, POCSAG ou certains systèmes professionnels possèdent des signatures sonores caractéristiques que les SWL expérimentés apprennent parfois à reconnaître rapidement.

Le son doit cependant être considéré comme un indice parmi d’autres, et non comme un élément seul suffisant.

5. Observer la périodicité

La répétition d’un signal peut également fournir des informations importantes.

Une trame ou une structure qui revient toutes les 50, 100 ou 500 millisecondes peut révéler une organisation particulière du protocole.

Pour aller plus loin, certains outils permettent d’utiliser l’autocorrélation ou ACF (Autocorrelation Function) afin de mettre en évidence mathématiquement ces répétitions.

Artemis 4 : logiciel pour rechercher un signal

La version 3 présentée à l’époque a été remplacée par Artemis 4, développé par AresValley.

Artemis est un logiciel libre conçu pour faciliter l’identification et l’archivage de signaux RF.

Son principal intérêt est de permettre de rechercher dans une importante bibliothèque de références en utilisant les caractéristiques mesurées sur le signal reçu.

Selon les informations disponibles dans la base, Artemis peut notamment permettre de filtrer les signaux selon :

  • la fréquence ;
  • la largeur de bande ;
  • la modulation ;
  • le type de signal ;
  • la localisation ou la zone d’utilisation ;
  • différents paramètres techniques associés au signal.

logiciel artemis 4 signal radio identification

Exemple pratique avec Artemis

Imaginons que vous receviez un signal inconnu avec une largeur de bande approximative de 2,5 kHz.

Plutôt que de parcourir manuellement des centaines de fiches, vous pouvez renseigner progressivement dans Artemis les caractéristiques déjà observées :

fréquence → largeur de bande → modulation probable → caractéristiques du signal → autres paramètres disponibles.

A mesure que les critères sont ajoutés, le nombre de candidats possibles diminue.

Il reste ensuite à comparer les résultats avec :

  1. la forme du signal sur le waterfall ;
  2. son éventuelle signature sonore ;
  3. ses fréquences habituelles d’utilisation ;
  4. son comportement dans le temps ;
  5. sa description technique.

Cette méthode est généralement beaucoup plus fiable qu’une identification basée uniquement sur le son.

Il est important de préciser qu’Artemis n’est pas un logiciel capable d’écouter automatiquement n’importe quelle transmission et d’afficher immédiatement son nom.

Il s’agit principalement d’un outil d’identification assistée : l’utilisateur observe le signal, mesure certaines de ses caractéristiques puis utilise Artemis pour comparer ces informations avec une base de références.

Des techniques de reconnaissance automatique de modulation existent et constituent un domaine actif du traitement du signal, mais elles ne remplacent pas encore une analyse méthodique dans tous les cas.

Détecter, identifier, décoder et analyser

  • Détecter : constater la présence d’un signal sur une fréquence.
  • Identifier : déterminer le type de transmission, la modulation ou le protocole probable.
  • Décoder : extraire les informations transportées par la transmission.
  • Analyser : étudier plus profondément la structure des symboles, trames ou données.

SigidWiki et Artemis servent principalement à identifier. D’autres logiciels peuvent ensuite être utilisés pour démoduler, décoder ou analyser le signal.

Quels logiciels pour décoder et analyser un signal ?

Il n’existe pas un logiciel universel capable de traiter tous les signaux radio. Le bon outil dépend du type de transmission observé.

Voici une boîte à outils SDR pratique, classée par usage.

Besoin Outils Utilisation
Visualiser et recevoir un signal SDR SDR#, SDR++, SDRangel, GQRX Affichage du spectre et du waterfall, réglage de la fréquence et de la largeur de bande, démodulation des principaux modes analogiques. SDRangel se distingue par un catalogue particulièrement étendu de MODEMs, canaux et décodeurs intégrés.
Décoder les digimodes radioamateurs WSJT-X, JTDX, MSHV, Fldigi WSJT-X, JTDX et MSHV sont particulièrement utilisés pour les modes faibles signaux comme FT8 et FT4. Fldigi prend en charge de nombreux modes numériques plus traditionnels comme RTTY, PSK, Olivia ou Hellschreiber.
Décoder la voix numérique DSD-FME, SDRTrunk Décodage de plusieurs standards de radiocommunication numérique tels que DMR, P25, NXDN ou D-STAR selon le logiciel, le protocole et la configuration. SDRTrunk est également utilisé pour l’analyse et le suivi de certains réseaux trunkés.
Décoder radiomessagerie, capteurs et télémétrie multimon-ng, rtl_433 multimon-ng peut notamment traiter certains systèmes de radiomessagerie comme POCSAG. rtl_433 prend en charge un très grand nombre de capteurs, stations météo et petits équipements radio utilisant différentes bandes ISM.
Analyser un protocole inconnu Universal Radio Hacker (URH) Enregistrement, démodulation, analyse des symboles, recherche de motifs, étude des trames et rétro-ingénierie de protocoles radio.
Comparer une réception à distance WebSDR, KiwiSDR Permet d’écouter la même fréquence depuis plusieurs endroits afin de déterminer si une réception est réellement propagée ou si elle provient probablement d’un parasite local.
Stations de nombres et certaines transmissions militaires HF Priyom.org Base spécialisée qui complète SigidWiki avec des informations sur certaines stations de nombres, fréquences, horaires et transmissions HF particulières.

Comparer un signal avec un WebSDR ou un KiwiSDR

Les récepteurs SDR accessibles par Internet constituent également un excellent outil d’identification.

Lorsqu’un signal inhabituel apparaît sur votre waterfall, recherchez la même fréquence sur un WebSDR ou un KiwiSDR situé à quelques dizaines, centaines ou milliers de kilomètres.

Si le même signal est visible sur plusieurs récepteurs éloignés, cela constitue un bon indice en faveur d’une émission réellement propagée.

À l’inverse, si le signal n’apparaît que sur votre propre installation, il faut également envisager l’hypothèse d’un :

  • parasite local ;
  • chargeur USB ;
  • bloc d’alimentation à découpage ;
  • ordinateur ou écran ;
  • équipement réseau ;
  • éclairage LED ;
  • signal fantôme généré par le récepteur ;
  • produit d’intermodulation.

Cette simple comparaison permet parfois d’éviter de longues recherches pour identifier un signal qui ne provient finalement d’aucun émetteur distant.

Avec un simple récepteur SDR, il est aujourd’hui possible d’apprendre énormément sur son environnement radio.

rtl_433 : bien plus que pour le 433 MHz

Pour les signaux provenant de capteurs, télécommandes, sondes de température, stations météo et différents objets radio grand public, rtl_433 constitue un outil particulièrement intéressant.

Malgré son nom, rtl_433 n’est pas limité à la bande des 433 MHz.

Il peut être utilisé avec différentes bandes employées par ce type d’équipement, notamment autour de 315, 345, 433,92, 868 ou 915 MHz, selon le matériel, le pays et le protocole recherché.

Le logiciel reconnaît de très nombreux protocoles utilisés par des capteurs et équipements sans fil, ce qui en fait souvent l’un des premiers outils à tester lorsqu’un signal numérique répétitif apparaît dans une bande ISM.

Universal Radio Hacker

Lorsqu’un protocole n’est pas déjà pris en charge par un logiciel spécialisé, Universal Radio Hacker, souvent abrégé URH, permet d’aller plus loin.

URH est destiné à l’analyse et à la rétro-ingénierie de protocoles radio.

Il peut notamment être utilisé pour :

  • enregistrer un signal ;
  • observer sa modulation ;
  • transformer le signal en symboles ou bits ;
  • repérer les structures répétitives ;
  • comparer plusieurs trames ;
  • identifier les champs qui changent ;
  • étudier la structure d’un protocole inconnu.

Priyom : pour les stations de nombres

Pour certaines transmissions HF particulières, et notamment les stations de nombres, la base Priyom.org constitue un complément intéressant à SigidWiki.

Elle rassemble notamment des observations concernant des stations de nombres, des fréquences utilisées, des horaires et différentes transmissions particulières observées sur les bandes HF.

Les informations concernant ce type de station peuvent cependant rester partielles ou sujettes à interprétation. Il convient donc de distinguer les caractéristiques techniques observables des suppositions concernant l’origine ou la fonction exacte d’une transmission.

Peut-on décoder tous les signaux radios ?

Identifier techniquement une transmission ne signifie pas que son contenu peut ou doit être décodé.

Cette distinction est particulièrement importante lorsque l’on utilise un récepteur SDR capable de couvrir de très larges portions du spectre.

En France, l’interception, l’utilisation ou la divulgation de correspondances électroniques adressées à des tiers relève notamment de l’article 226-15 du Code pénal.

L’observation technique du spectre et l’identification d’un type de modulation ne doivent donc pas être interprétées comme une autorisation générale d’intercepter, décoder, exploiter ou diffuser le contenu de communications qui ne vous sont pas destinées.

Pour aller plus loin

Avec un simple récepteur SDR, il est aujourd’hui possible d’apprendre énormément sur son environnement radio.

SigidWiki permet de confronter une réception à une importante base de signaux documentés, tandis qu’Artemis 4 facilite les recherches et les comparaisons.

4.7/5 (71)

Notez cet article

Partager sur vos réseaux :

Radioamateur depuis 1994 et fondateur de Passion Radio. Passionné de radiocommunications, SDR et modes numériques, David publie sur Passion-Radio.org des actualités, guides techniques, essais de matériel et retours d'expérience consacrés aux nouvelles technologies radio.

3 Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*